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🇲🇽 Mexico, côté rebelle

voiliershazzan
29 août 2022
14 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 7 heures

À Mexico, la contestation s’écrit sur les murs et dans l’histoire. De la Place des Trois Cultures à la Glorieta de las Mujeres que Luchan, en passant par Frida Kahlo et Diego Rivera, nous partons à la découverte d’une ville rebelle, engagée et profondément vivante.


D’abord, il faut savoir que l’on manifeste beaucoup à Mexico. Je crois bien que chaque fois que nous avons arpenté le centre-ville, nous avons croisé une manifestation ou vu des attroupements brandissant des pancartes de protestation…


  • Manifestation dans le centre historique de Mexico
  • Campement de protestation réclamant de l’eau dans le centre de Mexico
  • Pancartes de revendications lors d’un rassemblement de protestation à Mexico

Alors, nous allons tenter, à travers quelques exemples, de vous faire découvrir ce côté rebelle de Mexico.


Nous allons commencer par faire un petit tour dans Mexico en nous rendant dans un lieu alterno-politico-poético-socio-revolutiono-un-peu-tout-à-la-fois, la Burra Blanca, où deux jeunes étudiants nous ont recommandé de découvrir la Place des 3 Cultures, un site (non référencé dans les guides touristiques) hautement emblématique de la contestation à Mexico.


Puis nous irons aussi faire un tour à la « Glorieta de las Mujeres que Luchan », un lieu qui montre ce qui se joue en ce moment au Mexique en termes de réappropriation culturelle et de défense des droits des femmes.


Et puis comment évoquer le côté engagé de Mexico sans parler de Frida Kahlo et de son époux, le muraliste Diego Rivera ?



Qui pourrait arriver à la Burra Blanca par hasard ?

Au Guatemala, nous avons rencontré deux Français qui voyageaient autour du monde. Attablés avec notre amie Cathy, nous les entendions essayer de se dépatouiller pour trouver un bus et changer leur réservation d’hôtel car leur précédent transport avait pris plus de temps que prévu.


Nous leur avons proposé notre aide et, de fil en aiguille, nous avons pris un pot ensemble. Ils revenaient du Mexique et, quand ils ont appris que je faisais du slam, ils m’ont aussitôt parlé d’un endroit où nous rendre à Mexico pour écouter et peut-être dire de la poésie.


Et nous voilà à la Burra Blanca, en plein cœur du Mexico rebelle


Décoration anticapitaliste à la Burra Blanca, Mexico
Un lieu anticapitaliste...

Il s'agissait d'un lieu pour le moins alternatif, un lieu dont les objectifs sont de soutenir de diverses manières les luttes de la société sans visées partisanes, de promouvoir des projets productifs alternatifs au capitalisme, d'être un centre de loisirs pour la classe ouvrière et de diffuser les expressions culturelles du peuple d'en bas.



La Burra Blanca, centre culturel alternatif, au-dessus d’une banque à Mexico
...au-dessus d'une banque d'affaires


Hasard ou joli pied de nez, la Burra Blanca, un lieu anticapitaliste s'il en est, surplombe l'enseigne d'une grande banque internationale.





Bière ou pulque, il faut choisir

Nous arrivons en début de soirée et nous nous installons tranquillement devant une petite bière du format habituel au Mexique : 75 cl !


Nous n’avons pas osé commander de pulque, cette boisson fermentée faite à base d’agave.

On nous avait expliqué que cette boisson traditionnelle, utilisée notamment dans le cadre de rites avant l’arrivée des Espagnols, avait ensuite été fortement encadrée par les autorités coloniales et que la remettre aujourd’hui à l’honneur participait d’une forme de réappropriation de leur culture et de leur histoire. Nous avons d’ailleurs clairement remarqué que le pulque était proposé dans les lieux où une forme ou une autre de contestation s’exprimait.


  • Salle de la Burra Blanca, centre culturel alternatif à Mexico
  • Pulque servi à la Burra Blanca à Mexico
  • Rencontre à la Burra Blanca, centre culturel alternatif de Mexico

Et comme par hasard, on rencontre un poète

Salle comble, alors deux jeunes garçons nous demandent s'ils peuvent s’asseoir à notre table et, hasard ou coïncidence, l’un est poète… Et bla bla bla et bla bla bla, nous lions connaissance. Nous leur demandons de nous citer 3 choses chacun à voir, manger ou boire à Mexico, les 3 choses qui, pour eux, sont les plus emblématiques de la ville mais généralement peu ou pas expérimentées par les étrangers. Le premier lieu qu’ils nous citent est la place des 3 Cultures.


Oreilles fragiles, s'abstenir

Mais avant de vous propulser jusqu'à cette place, je ne résiste pas au plaisir de vous faire écouter le groupe qui a pris possession de la scène en fin de soirée !

Ah oui, vous aussi, vous trouvez que Sombrero Viejo chante faux ?



Eh bien, on nous a assuré que c’était exactement comme cela que ça se chantait ! Peut-être une forme de contestation cachée, je ne sais pas, mais on peut très bien l’imaginer !


La place des Trois Cultures : un condensé d'histoire

Nous voilà arrivés à Tlatelolco ; ici, peu de touristes... et pourtant, ce lieu est emblématique pour les Mexicains car s'y sont déroulés des événements qui en disent long sur l'histoire de Mexico. Cet endroit nous a beaucoup marqués, même bouleversés, alors j'ai essayé de comprendre ce qui s'était réellement passé ici et pourquoi les jeunes de Burra Blanca avaient tant insisté sur l'importance de cette visite...


Culture 1 : les Aztèques

Ce lieu accueillait à l’époque aztèque l’un des plus grands marchés de Mésoamérique (Mexique et une partie de l’Amérique centrale), qui fournissait aux habitants de la vallée de Mexico des marchandises diverses venues de régions parfois très lointaines.


Vestiges de l’ancienne cité mexica de Tlatelolco à Mexico
Une importante place de marché aztèque


On peut facilement s’imaginer l’importance de Tlatelolco au vu des vestiges précolombiens (pyramides, bâtiments) encore présents.








Culture 2 : les Espagnols

En 1521, c’est à cet endroit même que l’empereur Cuauhtémoc et ses partisans ont été battus par l’Espagnol Hernán Cortés à l’issue d’un siège et de batailles acharnées.


La capture du dernier empereur aztèque a sonné la fin de la civilisation mexica telle qu’elle existait jusque-là et ouvert la voie à la colonisation espagnole. Cuauhtémoc sera exécuté quatre ans plus tard sur ordre de Cortés.


Église de Santiago de Tlatelolco construite avec des pierres des temples préhispaniques
L'église construite avec les pierres des temples aztèques

Mais si leur empire et une grande partie de leur organisation politique et religieuse ont disparu, les Mexicas n’ont pas disparu avec eux : leur langue, le nahuatl, est toujours parlée aujourd’hui et une partie de leur culture a traversé les siècles.


Les Espagnols, pour bien marquer leur victoire, ont démoli les bâtiments aztèques et, avec les pierres récupérées, ils ont construit à quelques mètres… l’église de Santiago et le Collège impérial de la Sainte-Croix…


Même si on peut lire sur une plaque commémorative "Ce ne fut ni un triomphe ni une défaite, mais la douloureuse naissance du peuple métis qu’est le Mexique d’aujourd’hui", nous avons plutôt eu le sentiment que les Mexicains souhaitaient réhabiliter leur culture ancestrale et que les Espagnols étaient souvent vus plus comme des colonisateurs que comme les fondateurs d’un Mexique moderne et métissé.


Culture 3 : le Mexique moderne

Le Mexique moderne est notamment symbolisé par la Torre de Tlatelolco, ancien siège du ministère des Affaires étrangères, qui abrite aujourd’hui le Centre culturel universitaire de l’Université nationale autonome du Mexique (UNAM) et son Mémorial del 68.


Mémorial del 68 à Tlatelolco, consacré au massacre du 2 octobre 1968
La devise au fronton du musée : "Ni perdón ni olvido" — "Ni pardon, ni oubli".

Ce mémorial retrace la tragédie qui s’est déroulée ici le 2 octobre 1968.


À quelques jours de l’ouverture des Jeux olympiques, le président Gustavo Díaz Ordaz voyait d’un très mauvais œil la vague de manifestations étudiantes qui dénonçait notamment l’autoritarisme de son gouvernement.






Impacts de balles encore visibles sur un mur à Tlatelolco
On voit encore les impacts de balle à hauteur d'homme

Ce jour-là, les manifestants étaient nombreux sur la place, entourée par les militaires.


Soudain, des tirs ont retenti.


D’après ce qui nous a été expliqué au musée, des membres du Batallón Olimpia, militaires et agents en civil infiltrés parmi les manifestants ou cachés dans les bâtiments alentour, auraient tiré sur la foule mais aussi sur les militaires.


Ceux-ci, se croyant attaqués par les étudiants, ont alors ouvert le feu sur les manifestants.





Stèle en mémoire des victimes du massacre de Tlatelolco du 2 octobre 1968
Aux camarades tombés le 2 octobre 1968

Le nombre exact de victimes reste aujourd’hui inconnu. Les autorités ont d’abord annoncé quelques morts, puis une vingtaine, tandis que des estimations ultérieures ont évoqué un bilan beaucoup plus lourd, pouvant atteindre plusieurs centaines de victimes.


Pendant longtemps, le rôle du pouvoir dans ce massacre a été occulté.


La déclassification de documents a ensuite permis de mettre au jour le rôle du Batallón Olimpia et de contredire la version officielle selon laquelle les étudiants auraient déclenché la fusillade.




Le Mémorial del 68 retrace les événements, diffuse notamment un film de Gustavo Díaz Ordaz, qui nous a semblé être celui d’un interrogatoire. Il propose de nombreuses pièces (tracts, photos, journaux, films…) concernant le mouvement de 1968 et le massacre de Tlatelolco, mais aussi les mouvements sociaux qui ont marqué cette époque dans plusieurs pays du monde, dont la France. Pour beaucoup, le mouvement de 1968 et sa répression ont finalement enclenché le lent processus qui a permis au pays d’évoluer vers davantage de démocratie.


Pour en savoir plus :


La Glorieta de las Mujeres que Luchan

Il me semble que l'histoire de cette Glorieta des Femmes qui Luttent lieu est assez symbolique de ce qui se joue au Mexique.


Une statue de Christophe Colomb, symbole du colonialisme, est prise pour cible par les forces de contestation du pays (communautés indigènes, altermondialistes, anarchistes, féministes...) Devant la persistance et l'amplification des actions contre ce monument, le gouvernement décide de retirer la statue pour motif de restauration et de la réimplanter (peut-être) dans un lieu plus "accueillant".


Il est alors décidé de remplacer Christophe Colomb par une reproduction de la statue de la Joven de Amajac, représentant une femme indigène. Mais entre-temps, des groupes de femmes militantes investissent le lieu pour dénoncer les féminicides, tant ceux perpétrés pendant la colonisation que ceux qui perdurent toujours dans le pays. Elles y ont installé une statue d'une femme au poing levé, signe de contestation.


Le projet du gouvernement se heurte alors à la détermination des militantes, qui entendent conserver cet espace qu'elles ont rebaptisé "La Glorieta de las Mujeres que Luchan"


  • Monument à Christophe Colomb avant sa transformation en Glorieta de las Mujeres que Luchan
  • Statue de femme autochtone présentée comme projet de remplacement du monument à Christophe Colomb
  • Silhouette de femme au poing levé à la Glorieta de las Mujeres que Luchan
  • Glorieta de las Mujeres que Luchan sur le Paseo de la Reforma à Mexico
  • Noms de femmes victimes de féminicides inscrits à la Glorieta de las Mujeres que Luchan

L'histoire de la Glorieta en détail

Le monument de Colomb et le jour de la Race contestés
Jusqu'en 2020, une statue de Christophe Colomb trônait sur l'une des plus grandes avenues de Mexico, le Paseo de la Reforma. Sur son piédestal de 3 mètres de hauteur, il surplombait quatre autres personnages symbolisant non seulement la « découverte » du Mexique mais aussi ce qui s'ensuivit : la conquête « légitime » des terres nouvelles au nom de Dieu et du monarque espagnol, l'évangélisation des populations indigènes et la colonisation.

Depuis les années 1920, chaque 12 octobre, on célébrait au Mexique, comme dans plusieurs pays d'Amérique latine, le Día de la Raza, qui commémorait l'arrivée de Colomb et, dans la vision de l'époque, la rencontre et la fusion des peuples indigènes et européens.

Mais, au fil du temps, les peuples indigènes du Mexique ont de plus en plus contesté cette célébration, en boycottant les commémorations et en organisant des contre-manifestations. En 1989, des gerbes de fleurs déposées au pied de Colomb sont déplacées par un militant vers la statue de Cuauhtémoc, l'empereur qui assura la défense de Tenochtitlan pendant le siège de 1521 — vous savez, celui dont nous avons parlé lors de notre visite de la place des Trois Cultures. L'année suivante, les gerbes déposées devant Colomb sont brûlées.
La statue de Colomb est retirée en 2020... officiellement pour restauration En 1992, lors des commémorations du Vᵉ centenaire de la « Découverte », la contestation contre ce jour de la Race monte d’un cran. À Mexico, environ 25 000 personnes manifestent, parties de différents points de la ville, parmi lesquels la place des Trois Cultures (tiens, encore elle !). Des manifestants accrochent à la statue de Colomb un drap blanc portant la mention "Cinquième centenaire des massacres d’Indiens" et taguent le monument : "Répudiation du conquistador", "Respect aux Indiens", "Christophe Colomb au poteau d’exécution", "500 ans de résistance"...

Le monument de Colomb est ensuite régulièrement pris pour cible par différents mouvements de contestation. En 2019, le groupe parlementaire du Parti Vert écologiste de Mexico présente à son tour une proposition pour faire retirer les monuments de Christophe Colomb et d’Hernán Cortés. Des groupes féministes s’en prennent également au monument, dénonçant notamment le sexisme structurel et les violences sexuelles subies par les femmes indigènes depuis la "découverte".
La statue a été retirée en octobre 2020, officiellement pour restauration, officieusement pour la préserver d’une destruction prochaine annoncée par le mouvement "Nous allons le faire tomber". Le jour de la Race s'appelle désormais Journée de la Nation Pluriculturelle (Día de la Nación Pluricultural).

Des groupes de défense des femmes investissent les lieux Le 25 septembre 2021, dès 5 heures du matin, des femmes sont arrivées sur le Paseo de la Reforma et ont investi le lieu en installant une première silhouette en bois d'une femme au poing levé, remplacée par une silhouette en acier le 5 mars 2022

Un projet du gouvernement d'installer une reproduction d'une statue indigène
En 2021, le gouvernement a annoncé qu'il prévoyait d'installer une reproduction de 6 mètres de hauteur d’une statue d’origine huastèque, la Joven de Amajac à la place laissée vacante sur le piédestal en arguant que cela répondait aux souhaits des indigènes et en particulier des femmes indigènes. Pour info, cette statue de la Jeune femme de Amajac, découverte en 2020 par des paysans dans la région de Veracruz, représente, selon les sources, soit la déesse Teem de la fertilité et de la terre, soit une jeune gouvernante de l’élite locale de la fin du XVe siècle.

Le lieu devient La glorieta des femmes qui luttent
Le 25 novembre 2021, une première "corde à linge" avec des feuilles de papier a été tendue pour que les femmes puissent y écrire leur témoignage. Mais le lendemain, le gouvernement l'a jetée à terre et l'a déchirée. Les femmes ont résisté et quelques semaines après notre passage, en septembre 2022, elles ont inauguré le jardin "Somos Memoria" où elles ont planté une croix rose pour rendre visibles et se souvenir des victimes de féminicides et pour dénoncer les carences des autorités sur ce sujet.

Pour ces militantes, cet espace reconnaît toutes les identités et toutes les luttes. "La Glorieta est un espace dédié aux femmes qui recherchent et traquent les corps que la violence d'État nous a enlevés ; aux mères qui luttent pour que justice soit rendue à leurs filles victimes de féminicides et qui, ce faisant, sont violées ; aux défenseuses de l'eau et du territoire qui sont assassinées, emprisonnées et agressées parce qu'elles luttent pour la vie ; aux femmes afro-mexicaines qui sont invisibles", déclare l'une des femmes du mouvement "Antimonumenta".

Une clôture noire qui entoure la jeune fille au poing levé est remplie de noms : "Tout le monde a peint ici, les mères à la recherche d'enfants disparus, les mères de féminicides, et même les femmes indigènes avec lesquelles nous partageons la lutte".
Quelques mois après notre passage, à l'issue d'un dialogue entre des fonctionnaires du gouvernement de Mexico et des représentants de la Glorieta de las Mujeres que Luchan, un accord a été conclu pour que la Glorieta ne soit pas enlevée. Elle est restée sur le Paseo de la Reforma et la sculpture de "La Joven de Amajac" n'a finalement pas été installée sur l'ancien piédestal de Christophe Colomb.

Frida Kahlo : une artiste libre et engagée

Je crois que Frida Kahlo est l'artiste mexicaine la plus connue en France et probablement dans le monde. Ses œuvres, parmi lesquelles beaucoup d'autoportraits, sont inspirées de l'art populaire mexicain avec un côté naïf et un certain réalisme "On pensait que j’étais surréaliste, mais ce n’était pas le cas. Je n’ai jamais peint mes rêves. J’ai peint ma réalité" .


Ses toiles sont colorées, fleuries mais les thèmes peuvent être sombres voire lugubres car ils sont le reflet des souffrances qu'elle a endurées tout au long de sa vie (poliomyélite qui l'a fait boiter depuis son enfance, problèmes de santé suite à un accident de bus qui l'a contrainte à porter des corsets, infidélités à répétition de son mari Diego Rivera, impossibilité d'être mère).


Les premiers mots qui me viennent en évoquant Frida Kahlo sont "douleur" et "courage" mais aussi "liberté" et "engagement".


En femme libre, elle a brisé de nombreux tabous au travers de sa peinture, la nudité dans sa vérité avec les poils, les cicatrices, les fausses couches, autant de sujets qui étaient peu abordés à l'époque même dans l'art... Elle a toujours défendu la condition des femmes en s'attaquant aux codes : elle s’est habillée dans des tenues traditionnellement réservées aux hommes, elle a fumé, bu et affirmé une sexualité libérée, assumant ses relations avec des hommes comme avec des femmes.


  • Turibus devant la Casa Azul, musée Frida Kahlo à Coyoacán
  • Atelier de Frida Kahlo dans la Casa Azul à Mexico
  • Robe de Frida Kahlo exposée au musée Frida Kahlo
  • Vêtements de Frida Kahlo exposés dans la Casa Azul
  • Chambre de Frida Kahlo dans la Casa Azul à Coyoacán
  • Jardin de la Casa Azul, maison de Frida Kahlo à Mexico

Elle était aussi une femme engagée politiquement ; en 1928, elle a rejoint la Ligue des jeunes communistes puis le Parti communiste mexicain. Elle a côtoyé de près Léon Trotsky lorsqu’il vivait au Mexique et avec Diego Rivera. Elle l'a accueilli à la Casa Azul où il a vécu avec son épouse Natalia Sedova à partir de 1937. Frida et Trotsky ont également eu une brève liaison.


Pour voir ses œuvres et un aperçu de sa vie, je vous recommande le lien suivant qui vous proposera de bien meilleures photos que celles que nous avons "volées" dans sa maison musée de Coyoacán, la Casa Azul https://www.beauxarts.com/grand-format/frida-kahlo-en-2-minutes/


Pour en savoir plus sur sa relation avec Diego Rivera c'est ici https://www.beauxarts.com/grand-format/frida-kahlo-diego-rivera-une-legende-mexicaine/


Petite remarque toute personnelle : je ne suis pas certaine que Frida aurait beaucoup apprécié la façon dont se visite aujourd'hui sa Casa Azul ! Il faut suivre un itinéraire fléché sans trop traîner et, pour prendre des photos, payer un supplément... Nous l'avons payé ? Euh... pas vraiment ! Mais nous avons quand même quelques photos.



Diego Rivera : l'art au service de ses idées

Diego Rivera (1886-1957) est un muraliste, c'est-à-dire un artiste qui réalise de grandes fresques murales. Cet art est très développé et historique au Mexique, il semblerait qu'il remonte à l'époque aztèque et d'ailleurs de nombreux graffs absolument magnifiques ornent les murs et les toits de Mexico. Le style de Diego Rivera s'appuie autant sur les traditions indigènes et noires du Mexique que sur les techniques de l’impressionnisme, le postimpressionnisme et le cubisme acquises lors d'un voyage en Europe.


Diego Rivera, l'une des figures majeures des premières années du parti communiste mexicain (dont il a été plus tard exclu) utilise son art à des fins d'éducation populaire (ou de propagande selon le point de vue que l'on adopte !). Nous avons pu nous plonger dans une de ses œuvres grâce à un petit papy qui, pendant plus d'une heure, nous a décrypté l'une de ses fresques présentées au Palais des Beaux-Arts, celle de L'Homme au croisement.


Cette fresque avait été peinte à l'origine pour le Rockefeller Center à New York. Rivera en était aux 2/3 de sa fresque quand les Rockefellers protestèrent contre une image de Lénine dans sa peinture. Rivera proposa d'ajouter le portrait d'Abraham Lincoln à sa fresque, mais ce compromis fut refusé et Rivera fut congédié. La fresque fut recouverte de peinture blanche puis détruite quelques mois plus tard sur ordre du Rockefeller Center. Des photos furent prises en douce avant sa destruction... du coup, Rivera à partir de ces photos et de croquis a repeint son œuvre au Mexique à plus petite échelle mais quand même au format impressionnant de 11,8m sur 4,5m. Il en a profité pour la renommer L'homme contrôleur de l'univers.


L’Homme contrôleur de l’univers, fresque de Diego Rivera au Palais des Beaux-Arts de Mexico

Cette fresque est divisée en trois parties, séparées entre elles par deux grandes loupes inclinées et deux piliers de la coursive du premier étage du Palais des Beaux Arts.


Décryptage de la fresque ci-dessous

Partie gauche
Cette partie symbolise le monde capitaliste. Une statue antique semble nous rappeler les origines de nos sociétés et les mains coupées symboliser la chute des idoles qui deviennent impuissantes.

Elle met en scène des personnages de différentes origines. Tout à gauche, Darwin nous confronte à sa théorie de l'évolution (un bébé tient la main d'un singe) et nous rappelle ainsi que, quelle que soit notre couleur de peau, nous avons la même origine. La radiographie renvoie à la science et à la connaissance du corps humain. Notre petit papy nous fait remarquer qu'elle renforce cette idée : quelle que soit notre couleur de peau, nous sommes aussi tous identiques à l'intérieur. On peut aussi penser que Darwin symbolise le développement de la science et de la technologie. On notera aussi des manifestations ouvrières (faisant référence aux manifestations pacifiques d'ouvriers new-yorkais pendant la Grande Dépression "we want work, not charity"), manifestations réprimées violemment par la force. Tout en haut, une référence à la guerre 14-18.

Partie centrale
Au centre, nous voyons l'homme qui conduit l'univers aidé en cela par la technologie et la science (éléments au-dessus de l'homme) et par la nature (éléments en dessous de l'homme).
Toutefois, on peut constater que la nature montre des signes de pollution (un effet de la surproduction capitaliste ?). La boule centrale représente un panneau de commande permettant à l'homme de contrôler les forces de l'univers ; l'ensemble évoque également la physique nucléaire et le pouvoir de l'atome.

Les 4 "ailes", qui sont en fait des ellipses qui se croisent, sont aussi symboliques de l'infiniment petit à l'infiniment grand. En haut à gauche, la vie microscopique avec les cellules nocives (la bactérie responsable de la syphilis et d'autres microorganismes pathogènes) qui semblent dire que le monde capitaliste est malade. En bas à gauche, le système solaire, les galaxies, l'énergie solaire. En haut à droite, le cosmos avec l'étoile bolchevique sur fond de faucille et marteau. En bas à droite, la vie microscopique avec les cellules saines et la procréation.

Entre les ailes de gauche, des femmes de la Jet Set jouent aux cartes, fument tandis que John D. Rockefeller Jr. est représenté en train de boire... Associée aux microorganismes pathogènes, dont la bactérie responsable de la syphilis, cette scène participe à l'image d'une classe capitaliste décadente que veut donner Rivera, pendant que dans la rue la police repousse violemment les manifestants.

Entre les ailes de droite, on voit Lénine unissant les mains des peuples, des femmes de différentes couleurs de peau, en forme et sportives, et en haut Marx, Engels, Trotsky et la révolution russe. L'ensemble semble présenter une vision positive du monde socialiste.

Partie droite
Cette partie symbolise le monde socialiste. Une statue de César portant une croix gammée symbolise le pouvoir autoritaire et le fascisme vaincus : elle a la tête tranchée, la tête servant de siège aux travailleurs. Une bannière ("Workers of the world unite in the IVth international") invite en plusieurs langues à l'unité des travailleurs du monde. En haut, les travailleurs défilent sur la place Rouge, évoquant la Révolution russe.



1 commentaire


vendee70
vendee70
30 mars 2023

Très intéressante cette partie du Mexique rebelle ! Merci

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© 2021 Voilier Shazzan

Crédit photo : Shazzan, Machin Truc, Violaine Parcot, Clémentine Caillat

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