🇪🇸 🇵🇹 De Cadix aux Sables-d'Olonne... ou Porto !
Dernière mise à jour : il y a 4 jours
Une route au large du Portugal, des quarts bien réglés… jusqu’à ce que notre troisième équipier, le pilote automatique, se mette en grève. Mise à la cape, nuit de sommeil, 36 heures de barre et système D : notre première vraie avarie en mer nous laissera une leçon à retenir 5/5 !
Après quelques jours à Cadix, nous avons levé l'ancre pour les Sables d'Olonne... mais les dieux cette fois de la mécanique et de l’électricité ont décidé de nous jouer un tour... Leçon retenue 5/5.
Quand le routeur vous fait prendre le large
Pour cette traversée de Palma aux Sables, nous avions décidé de faire appel à un routeur (c'est-à-dire à un météorologue spécialisé dans la navigation) de façon à continuer notre formation météo et nous donner le temps de bien valider la récupération des fichiers météo par satellite... Quand nous avons quitté Cadix, notre routeur, Michel Meulnet de Searout nous a conseillé de partir très au large afin d'éviter des vents très forts longeant dans un axe nord-sud les côtes portugaises.

Nous nous sommes donc largement éloignés des côtes ce qui nous a valu un contact VHF avec un cargo qui était surpris de nous voir à cet endroit où qui, peut-être, avait envie de bavarder. Cette route au large fut ma foi une bonne idée, car même à cette distance nous avons eu des vents soutenus au bon plein avec une houle parfois de plus de 3 mètres... Shazzan et l'équipage ont bien assuré et la navigation s'est passée calmement rythmée par les prises de quart.
Des quarts de 3 heures, toujours aux mêmes horaires.
3 heures de veille, 3 heures de repos... de jour comme de nuit car un bateau ne s'arrête jamais (ou presque comme vous le prouvera la suite !). Les deux premiers jours et nuits sont un peu difficiles, car il faut que le corps s'habitue mais à partir du 3ème jour, on n'a plus besoin de dormir pendant les 3 heures de repos diurne et on se réveille spontanément quand il est l'heure de veiller sur la navigation... C'est vous dire, nous avons même réduit nos quarts de repos deux fois par jour à 2 heures pour pouvoir manger ensemble voire faire une partie de Yam's. Mais, gare, quand ce rythme métronomique s'arrête parce que le pilote tombe en panne (un exemple pris par hasard... ou pas), la fatigue vous tombe dessus direct !
Un pilote qui se met en grève

Et oui, au cours de cette belle remontée qui devait nous ramener aux Sables en débordant cap Finisterre, notre pilote automatique, notre 3ème équipier chéri qui ne craint ni la pluie ni le froid, a décidé tout simplement de s'arrêter...
Pas de panique, nous mettons à la cape pour réparer (la cape est une façon d'arrêter le bateau en pleine mer et d'être tout serein à bord même quand ça boulègue !)
Alors nous voilà à quatre pattes (car le pilote est caché sous le plancher de la barre à roue) à tenter de purger les circuits... mais rien ne fonctionne comme prévu et me voilà copieusement baptisée à l'huile ! Nous lisons toute la doc... plusieurs fois et nous pensons que c'est soit la pièce qui dirige l'huile dans le vérin soit le calculateur qui est en panne.
Nous sommes crevés car la nuit tombe et nous n'avons plus dormi depuis un certain temps, voire un temps certain. Comme nous sommes loin des côtes et des rails de séparation de trafic et que nous n'avons croisé qu'un seul cargo depuis 48 h... et bien nous restons à la cape avec toutes les alarmes activées pour attendre le matin et contacter le fournisseur du pilote ! Résultat : 12 heures de sommeil réparateur ! Le fournisseur confirme, le solénoïde est en panne, il faut se dérouter vers Porto où il nous en envoie un neuf.
Et c'est parti pour 36 heures de barre

Et nous voilà partis en barrant pendant tous nos quarts ! Le capitaine tente de maintenir la barre avec des ficelles... mais à la moindre vague, le bateau perd son cap inexorablement ! Alors la commandante, qui a dévoré moult ouvrages et romans de mer, se souvient qu'elle a lu quelque part que des élastiques amélioreraient le dispositif...
Après 3 heures d'installation et de réglages, le pilote de fortune à élastiques est en place et même s'il est d'une efficacité moyenne, il permet au moins d'aller se faire chauffer un café ou de le restituer dignement à dame nature après distillation...
Nous sommes arrivés à Porto fatigués mais fiers d'avoir fait face à cette première avarie sereinement.
Leçon retenue 5/5 : toujours vérifier les connexions !
Mais le plus cocasse de l'histoire, c'est que lorsque nous avons démonté le solenoid... le fil de transmission des données est resté dans les mains du capitaine... une fois la partie oxydée coupée et le fil proprement soudé, le pilote avait levé son piquet de grève sans changer aucune pièce !
Leçon pourtant apprise mais sûrement pas totalement intégrée : en voilier, la plupart des pannes, celle du pilote automatique comme les autres, sont le plus souvent liées aux connexions des câbles électriques, qu'ils soient dédiés à l'alimentation ou à la circulation des données... Câbles et connectiques n'aiment ni le sel, ni les chocs, ni les vibrations !!!
Leçon retenue 5/5, la prochaine fois, ce sera notre premier axe de diagnostic de panne !



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