🇯🇲 Jamaïque #1 : Le pays Yeah, man !
Dernière mise à jour : 19 sept.
Reggae, rastas, ganja… la Jamaïque ne manque pas de clichés. Mais derrière eux, nous avons découvert un pays bien plus complexe : généreux, rebelle, parfois déroutant, où l’accueil chaleureux côtoie la pauvreté et la violence. De Kingston aux Blue Mountains, nous sommes partis à la rencontre de cette Jamaïque-là.

Yeah man... ça vous dit un petit tour au pays du reggae, enfin du reggae par l'esprit cool de la population et par le son à la radio, parce que trouver un concert live, ça, c'est une autre paire de dreads !
D'ailleurs, en Jamaïque, se rendre sur un site touristique ou un restaurant recommandé par un guide touristique ou internet nécessite une certaine obstination, un nombre non négligeable d'arrêts pour se renseigner, la maîtrise du demi-tour dans un pays qui roule à gauche, sans compter une remise en cause de la toute-puissance de Google Maps et autres applications de géolocalisation... Je ne sais pas si les correspondants locaux de Google et des guides touristiques ont fumé trop de pétards mais le fait est que les données sur la Jamaïque sont souvent obsolètes voire totalement erronées. Bien sûr, cela ne nous a pas arrêtés et nous nous sommes baladés une bonne semaine dans le pays pour le découvrir un peu plus.
Ce qui m’a le plus frappée en Jamaïque, c’est dans le désordre :
La profusion de noir/vert/jaune/rouge, partout, du toit au trottoir et de la chaussette à la casquette
La grande aisance des corps sans préoccupation du niveau d'embonpoint, bien loin de nos côtés coincés d’européens. Pas de souci avec les mini-jupes et/ou les mini-shorts en Jamaïque !
La générosité de la nature : les mangues ramassées sous l'arbre ont un goût incomparable,n'est-ce pas, Violaine ?
La préemption par les Japonais des plantations de café Blue Montain, un véritable produit de luxe dont les Jamaïcains profitent peu
Le côté rebelle de ce pays qu'illustre parfaitement Accompong Maroon, un village-état indépendant
Les regards hostiles à Trench Town, l’un des quartiers les plus pauvres du pays
Et bien sûr l'esprit rastafari, à mon avis bien mal représenté par le côté mercantile du musée du plus célèbre des rastamen, j'ai nommé Bob Marley ! Un esprit que nous avons davantage ressenti au travers de l'accueil chaleureux de la population, sa fierté et le nombre de jardinières de cannabis sur les balcons ! Bon, je vous accorde que le dernier point est très cliché !
Promis, je vais essayer d’être un peu plus ordonnée pour la suite !

Dans cet article, vous allez dans un premier temps trouver quelques repères sur le pays puis nous partirons explorer le rastafarisme et bien sûr nous évoquerons le reggae et Bob Marley. Ensuite, j’essaierai de vous transmettre nos sensations sur le caractère généreux et accueillant de ce pays malgré la pauvreté, la corruption et la violence que l’on perçoit dans certains quartiers.
Dans un second article, nous irons à Accompong, ce village-état gouverné par les descendants des esclaves marrons et je vous raconterai comment en Jamaïque, les esclaves se sont constamment révoltés.
Quelques points de repère sur la Jamaïque
Carte d’identité

Superficie : 10 990 km² soit 25% de plus que la Corse
Population : 2,84 millions d’habitants
Religion : environ 21% se déclarent sans religion, près de 70% sont chrétiens, très majoritairement protestants (adventistes du 7e jour, pentecôtistes, baptistes, méthodistes…), environ 2% sont catholiques, un peu plus de 1% sont rastafaris mais on trouve aussi des adeptes du kumina, une pratique religieuse afro-jamaïcaine.
Régime : démocratie parlementaire et monarchie constitutionnelle ayant pour chef d'État le monarque britannique (Charles III quand nous y étions en 2023) représenté sur place par un gouverneur. Ex-colonie britannique, la Jamaïque est indépendante depuis 1962 et reste membre du Commonwealth, même si les deux principaux partis politiques souhaitent rompre ce dernier lien avec la monarchie britannique en remplaçant le monarque par un chef d'État jamaïcain.
Chef du gouvernement : premier ministre
Économie : dépendant principalement du tourisme (30% du PIB) et des transferts de fonds (environ 20% du PIB) des migrants jamaïcains résidant principalement aux USA, Canada et Angleterre. Ses exportations de bauxite et d’alumine sont en chute et le secteur minier ne compte plus que pour moins de 2% du PIB. Le pays est fortement exposé aux catastrophes naturelles comme les ouragans, ce qui fragilise son agriculture et ses infrastructures. De plus, il est soumis à la violence et à la corruption avec une police dont Amnesty International a dénoncé à plusieurs reprises l'usage excessif de la force. Sources : Banque mondiale, FMI, ministère jamaïcain du Tourisme, Mines and Geology Division of Jamaica, Amnesty International.
Qui sont les Jamaïcains ?

Bien que le pays soit clairement imprégné de culture anglo-saxonne, ce qui fait, à mon avis, l’essence du peuple jamaïcain est plus à chercher du côté de ses racines africaines.
Il ne faut pas oublier que plus de 90% de la population est d'origine africaine et descend très majoritairement des Africains réduits en esclavage, des esclaves qui se sont, à de nombreuses reprises au cours de l’histoire, rebellés contre le pouvoir en place et qui ont su faire perdurer leur culture et leurs traditions.
Les peuples autochtones ont été largement décimés par les colons (maladies, conditions de travail, répression…) même si des descendants des Taïnos sont toujours présents en Jamaïque, notamment au sein des communautés marronnes, comme l'ont confirmé des études génétiques.
Une chose assez surprenante en Jamaïque, c’est la présence de personnes d’origine asiatique. En fait ce sont les descendants des travailleurs chinois et indiens venus remplacer les esclaves dans les années 1840, ces derniers ayant massivement quitté les plantations, dès qu’ils l’ont pu, après leur émancipation.
Quant à la communauté blanche, si elle est très minoritaire en nombre, l'héritage de la hiérarchie raciale de l'époque coloniale reste perceptible dans la répartition des richesses et les inégalités sociales… une réalité bien loin de la devise du pays "Out of Many, One People" qui signifie mot à mot "De plusieurs, un peuple" mais que l’on pourrait traduire par l’unité dans la diversité !
A la recherche du reggae
Qui dit rasta Jamaïque dit reggae
Et qui dit reggae dit Bob Marley et donc visite de sa maison devenue musée et des fameux studios Tuff Gong qu’il a créés en Jamaïque pour s’affranchir de la pression des producteurs.
Alors, comme nous avions, en vain, cherché un lieu proposant des concerts reggae en live à Montego Bay, quand nous avons lu sur le guide que, tous les dimanches soirs, des groupes se produisaient en public dans ces fameux studios, la décision d’y aller fut vite prise. Nous avons donc organisé notre périple sur l’île pour être au bon endroit au bon moment !
Échaudée par le nombre d’indications erronées sur les guides, je me mets en quête de l’adresse sur Internet. Je tape Tuff Gong et je trouve une adresse à Ocho Rios. Dès le vendredi, nous partons pour cette ville côtière et à notre arrivée, nous décidons d’aller vérifier la pertinence de l’adresse. Une bonne idée ma foi, car, tourne, vire, il n’y a pas l’ombre d’un studio ni à cette adresse ni à aucune autre à Ocho Rios !

Je vous jure que je n’avais pas fumé de ganja ou bu trop de rhum… simplement, quand j’ai tapé Tuff Gong, j’ai cliqué sur la première proposition qui, en fait, était "Tuff Gong Trading".
La deuxième proposition m’aurait conduite aux studios qui étaient de l’autre côté de l’île, à Kingston !
On en profite pour visiter Ocho Rios
Bon comme nous étions à Ocho Rios, nous avons mis à profit notre samedi pour visiter l’endroit, nous faire défoncer les oreilles par les décibels dans un bar, déguster l’une des fameuses soupes jamaïcaines absolument délicieuses, aller admirer les eaux bleues de Old Spanish Bridge (non ce n’est pas un effet de style, l’eau est vraiment bleue), un lieu confidentiel au bord d’une rivière où les Jamaïcains viennent se rafraîchir les week-ends...
Baignade dans la rivière près d’Old Spanish Bridge en Jamaïque Eaux bleues de la rivière à Old Spanish Bridge en Jamaïque Rivière et végétation tropicale à Old Spanish Bridge en Jamaïque
Suite de notre recherche des studios Tuff Gong à… Kingston
Dimanche matin, direction Kingston ! Une fois arrivés sur place, nous cherchons les studios en rappelant à chaque croisement à Dominique "Gauche, Gauche" car, s’il est aisé de suivre une voiture qui roule à gauche, les habitudes sont susceptibles de s’inviter au moindre croisement et la voiture a alors une fâcheuse tendance à se retrouver à droite de la chaussée !
Après pas mal de vaines tentatives (je vous l’ai dit on ne peut pas se fier à Internet !), ô miracle, nous finissons par trouver les studios dans une zone industrielle en dehors de la ville…

Nous déchantons rapidement car tout semble fermé et plutôt inactif !
Nous interrogeons le gardien, et nous apprenons que si nous sommes bien au bon endroit et que les studios fonctionnent toujours. Il va falloir oublier la visite et le concert car, de fait, ils n’en font plus depuis ce put*** de Covid !
Bon, nous sommes à Kingston quand même, LA ville de Bob Marley et ce serait bien un comble si on ne pouvait pas assister à un concert live !!! Eh bien, comble ou pas, malgré nos recherches sur la toile, notre œil attentif à toutes les affichettes collées sur les murs, l’exploration de tous les lieux de concerts cités dans les guides, impossible de trouver un concert live !
Nous irons toutefois dans un bar mythique, perché dans la montagne et dominant toute la baie de Kingston, le Dub Club. Une bien belle soirée pleine de groove et de fumée de ganja ! C’est vrai qu’en Jamaïque, on trouve des pieds de cannabis un peu partout mais, en réalité, ce n'est que depuis quelques années que la législation a été assouplie : la possession de moins de 2 ounces (environ 57 g) a été dépénalisée et jusqu’à 5 pieds peuvent être légalement cultivés par foyer ! Rien ne dit combien vous êtes autorisés à en consommer par jour !
Vue sur Kingston depuis le Dub Club en Jamaïque Dominique et Christine au Dub Club à Kingston, devant un plant de cannabis Soirée au Dub Club à Kingston en Jamaïque
Mais au fait, c’est quoi le rastafarisme ?
Contrairement à l’image générale véhiculée sur les rastas, ils ne sont pas qu’une bande de fumeurs de shit jouant du reggae et portant des dreads… En réalité, c’est un mouvement social, culturel et spirituel qui prône des valeurs de paix, d’amour, d’unité et s’oppose au racisme et à l’oppression des peuples, en particulier du peuple africain.
Se reconnecter à ses racines africaines
Marcus Garvey : le précurseur du panafricanisme
Le rastafarisme est apparu dans les années 1930, à la suite des travaux de Marcus Garvey, l’un des premiers leaders de la "cause noire". Pour lui, les souffrances du peuple africain cesseraient avec la rédemption biblique et le retour en Afrique pour les descendants des esclaves.
Marcus Garvey est considéré comme l’un des précurseurs du panafricanisme, un mouvement politique qui prône la solidarité et l'unité des peuples africains et de leurs diasporas, les incitant à se débarrasser du passé colonialiste, à lutter contre le racisme et à promouvoir leur émancipation.
Haïlé Sélassié "Le messie noir" des rastas

Le nom du mouvement provient de "Ras Tafari Makonnen", le nom que portait le négus d’Éthiopie, Haïlé Sélassié, avant son couronnement.
Réputé être le descendant du roi Salomon et de la reine de Saba, il était également le roi d'une Éthiopie devenue un symbole de résistance à la colonisation européenne.
Haïlé Sélassié est considéré comme un messie par les rastas, un messie chargé de ramener le peuple africain sur son continent d’origine, cette Afrique devenue leur "Terre Promise".
Bien que ne s’étant jamais revendiqué du mouvement, Haïlé Sélassié s’est rendu en Jamaïque pour rencontrer les rastas.
Être rasta
Pratiques et lieux de culte
Il faut savoir que dans le rastafarisme, il n’y a pas de hiérarchie ni de doctrine unique, mais un socle d'idées communes aux différentes communautés. Les rastas n’ont pas besoin d’un lieu de culte dédié et ils se retrouvent lors de rassemblements appelés groundations pour prier, échanger des idées, chanter, jouer des percus.
Mode de vie
Le mode de vie des rastas varie selon les groupes et aucune pratique ne semble vraiment obligatoire si ce n’est qu’il est important de prendre soin de soi tant sur le plan physique que spirituel ; il faut croire en soi, favoriser son épanouissement en respectant les autres.

Musique : La musique tient une place importante, les rastas en jouent lors des groundations ; à l’origine, la musique jouée était le Nyabinghi, à base de chants et de percussions. Avec le temps, d'autres styles de musique ont trouvé leur place dans les rassemblements rastas : ska, rocksteady, reggae, dub... Le reggae doit donc plus être vu comme un vecteur du message rastafarien que comme la musique originelle du mouvement.
Ganja : De nombreux rastas fument de la marijuana, non pas dans un but récréatif mais pour méditer et entrer en communion avec Dieu qu’ils nomment Jah. La ganja est considérée comme une herbe sacrée favorisant la méditation, la sagesse et la communion avec Jah..
Dreads : Certains rastas ne se coupent pas les cheveux, suivant en cela une pratique figurant dans les Saintes Écritures, selon laquelle le rasoir ne doit pas passer sur leur tête.
Vêtements : Les vêtements privilégient généralement la simplicité, la modestie et les matières naturelles ; les couleurs du drapeau éthiopien, vert, jaune et rouge, sont fréquemment mises en avant (voir explication un peu plus loin sur les couleurs).
Nourriture : Leur régime alimentaire, nommé I-tal (vital) privilégie une alimentation naturelle, non transformée et souvent végétarienne, voire végétalienne, en évitant notamment les excitants comme le café, l’alcool ainsi que tous les aliments préservés, aromatisés ou altérés chimiquement… L’idée est que le corps ne doit pas être un cimetière.
Polygamie: En lien avec sa fréquente évocation dans l'Ancien Testament, où la polygamie est possible et pratiquée par de nombreux personnages (David, Salomon, etc.), la polygamie compte des adeptes au sein du mouvement rastafari, même si la monogamie semble rester la norme et que certaines communautés rastas interdisent la polygamie.
Refus de Babylone et anti-esclavagisme

Je vous propose d’écouter cette chanson sous-titrée en français de Bob Marley
Pour les rastas, Babylone, c’est le symbole de l'esclavagisme et, plus largement, des systèmes d'oppression et d'exploitation.
Mais ce refus englobe aussi l’esclavage mental, l'injustice, l'inégale répartition des richesses, l'oppression, tout nationalisme, les guerres et le non-respect de la nature.
Les couleurs noir, vert, jaune, rouge en Jamaïque
Ces couleurs sont très présentes en Jamaïque, on les trouve dans les rues (les marques sur les trottoirs, les maisons, les pavés, les plots de signalisation…) mais aussi sur les vêtements, les souvenirs... Le vert et le jaune sont toujours présents accompagnés de rouge et/ou de noir.
Maison peinte aux couleurs du drapeau jamaïcain Vêtements aux couleurs de la Jamaïque sur un marché
En fait, le trio vert, jaune, noir correspond aux couleurs du drapeau jamaïcain avec le vert pour l’espoir et les ressources agricoles, le jaune pour le soleil et la richesse du pays, le noir pour la force et la créativité du peuple.

À ces couleurs jamaïcaines se mêlent celles de l'Éthiopie, vert, jaune et rouge, particulièrement importantes pour les rastas.
Le rouge, le noir et le vert sont quant à eux les couleurs historiques du panafricanisme de Marcus Garvey.
Ce mélange explique que l'on retrouve si souvent en Jamaïque différentes associations de vert, jaune, rouge et noir.
En synthèse :
Drapeau jamaïcain : vert – jaune – noir
Éthiopie et Rastafari : vert – jaune – rouge
Panafricanisme garveyiste : rouge – noir – vert
🟩 Le vert représente la nature végétale et animale, la terre fertile d'Afrique et notamment celle de l'Éthiopie, Terre Promise des rastas ; il évoque également l'espoir et la vie.
🟨Le jaune, ou or, correspond aux richesses de l'Afrique, notamment à ses ressources naturelles et minérales ; il évoque aussi le soleil et la lumière.
🟥Quant au rouge, il représente la force et le courage mais aussi le sang, celui versé par les Africains au cours de leur histoire et de leurs luttes contre l'esclavage, la colonisation et l'oppression.
⬛Le noir, enfin, représente les peuples noirs, leur identité et leurs racines africaines.
Bob doit se retourner dans sa tombe
Un musée bien loin de ses valeurs
Maintenant que vous en savez un peu plus sur le rastafarisme, vous comprendrez ce qui nous a choqués lors de notre visite de la maison de Bob Marley transformée en musée.
Déjà, le ticket d’entrée n’est pas donné (25 USD) par personne pour une visite chronométrée de 1 heure, guidée de bout en bout et pendant laquelle il ne vous est pas possible de déambuler tranquillement… Dès le début, votre guide vous expose les consignes : tout est sous surveillance vidéo, interdiction de prendre des photos même sans flash, et gare à vous, si vous vous faites prendre l’œil sur l’objectif, vous serez expulsé !
Et comme de bien entendu, la visite se termine par un passage obligatoire par la boutique proposant des articles de merchandising certes de bonne qualité mais à un tarif exorbitant pour le niveau de prix en Jamaïque !
De plus, l’histoire de la création de ce musée et de la gestion de l’héritage de Bob Marley est assez sordide et, si j’écrivais pour un tabloïd plutôt que sur le blog de Shazzan, je pourrais faire des manchettes comme : "Rita, son épouse, aurait-elle participé à la falsification de documents après sa mort ?" "Que sait-on des luttes intestines entre les différents membres de la famille ?" "Chris Blackwell et Island Records ont-ils spolié certains des musiciens de Bob de royalties et de droits sur des chansons auxquelles ils avaient contribué ?"
Maison de Bob Marley devenue musée à Kingston Statue de Bob Marley dans le jardin de son musée à Kingston Photographie de Bob Marley avec sa guitare
Franchement, vous trouvez que la statue le représente ?
J’ai personnellement eu le sentiment que ce musée ressemblait plus à une entreprise mercantile qu’à un lieu respirant les messages de paix, de justice, de partage et d’amour dont sont imprégnées les chansons de Bob ! Il doit se retourner dans sa tombe, lui qui dénonçait le jeu des "ismes", citant notamment le capitalisme et le socialisme !
Pauvre homme, lui qui était végétarien et respectait le I-tal, il a dû faire des triples saltos dans son cercueil quand Rita, son épouse, s'est associée à Universal Studios pour créer un restaurant à thème entièrement consacré à Bob Marley et où l'on servait… de la viande !
C’est vraiment dommage car si nous avions pu faire la visite avec un audioguide en français et prendre le temps de nous imprégner du lieu, nous aurions surtout retenu que Bob Marley était empreint d’humanité et qu'il essayait de vivre selon ses principes ; nous aurions été émus par la visite du petit studio de cette maison où il a composé bon nombre de ses succès ; nous aurions pu nous plonger dans sa carrière en lisant les différents articles de presse affichés sur les murs.
Bob Marley avec des jeunes lors d’une rencontre autour du football Bob Marley souriant avec sa guitare Bob Marley jouant au football
Nous aurions pu être inspirés par l’engagement de cet homme qui n’a pas hésité à utiliser sa notoriété pour venir en aide aux populations africaines en participant à des concerts caritatifs et en soutenant des causes humanitaires. Il s'est engagé dans des luttes politiques comme celle de l’indépendance du Zimbabwe ou contre l’apartheid en Afrique du Sud. Sa musique résonnait jusque dans les cellules de Robben Island, où était emprisonné Nelson Mandela, et où son reggae était apprécié des prisonniers politiques. Au lieu de cela, nous avons eu de la peine pour lui !
En savoir plus sur la vie de Bob Marley https://panafricaniste.com/la-vie-et-lheritage-de-bob-marley-legende-du-reggae-et-militant-social/
et la gestion de son héritage https://www.lesechos.fr/weekend/spectacles-musique/bob-marley-un-heritage-qui-suscite-toujours-des-convoitises-1224234
Le musée de Trench Town… nous a semblé trop risqué !
Trench Town, l'un des quartiers les plus pauvres de Kingston, héberge un musée consacré à Bob Marley, car il y a passé une partie de son enfance. Après notre déception au musée officiel, nous avons décidé de nous y rendre avec notre voiture de location.
Comme d’habitude, nous nous sommes perdus ! En sillonnant ce quartier, nous avons ressenti de l'hostilité dans les regards, en particulier dans un endroit où il y avait comme d’immenses hangars recouverts de tôles abritant des étals et des échafaudages faits uniquement de palettes.
Trench Town nous a semblé être un véritable ghetto avec une pauvreté omniprésente qui n'est pas sans évoquer la "Concrete Jungle" chantée par Bob Marley.
Maisons modestes dans le quartier de Trench Town à Kingston Entrée du Trench Town Culture Yard à Kingston Marché populaire sous un hangar à Trench Town, Kingston
Nous avons fini par nous arrêter devant le musée, mais nous avons ressenti un certain malaise et il nous a semblé que ce n’était pas très prudent de laisser la voiture dans la rue. Ce qui ne nous arrive jamais, nous ne nous sommes pas sentis en sécurité et avons rebroussé chemin.
Un pays accueillant et généreux
À la suite du récit de notre visite à Trench Town, je ne voudrais pas que vous pensiez que la Jamaïque se limite à un sentiment d’insécurité, loin de là. Les gens sont, la majorité du temps, très accueillants même pour les étrangers que nous sommes et même dans des quartiers pauvres ou populaires.
De plus, c’est un pays qui se ressent comme généreux que ce soit par sa nature qui s’apparente à un immense jardin ou par le rapport au corps des Jamaïcains.
Lifeyard… enfin ex-Lifeyard : un accueil très différent de Trench Town
Pendant notre séjour à Kingston, nous sommes allés dans un autre quartier très pauvre où l’on ne peut accéder que par quelques rues, les autres accès étant barrés par des blocs de béton. Le guide touristique nous indiquait qu’au 41 Fleet Street, un projet innovant mêlant art et permaculture était mené par les habitants et des rastafaris. Malheureusement, si nous avons pu admirer les fresques peintes sur les murs délabrés du lieu, nous avons aussi appris par les habitants que le projet Life Yard n’avait plus cours (vous noterez que, encore une fois, le guide était obsolète !).
Fresque "Gardens not just a ghetto" à 41 Fleet Street à Kingston Fresque du projet communautaire de 41 Fleet Street à Kingston Fresques colorées sur les murs de 41 Fleet Street à Kingston
Nous avons pris une boisson avec des jeunes et leur mère. Ils nous ont parlé de la pauvreté du coin, mais aussi de leurs projets ; en particulier, l’un des jeunes élevait des poulets et il était très fier de nous expliquer la progression de sa petite affaire ; un autre avait fait un voyage aller-retour en avion je ne sais plus si c’est en Colombie ou au Panama… Nous ne lui avons pas demandé pourquoi, car nous savons que certains jeunes servent de mule pour les trafics illégaux et nous ne souhaitions pas mettre qui que ce soit mal à l’aise. Ce fut vraiment un bon moment, nous avons regardé les photos du bateau, de nos familles respectives dans un climat serein et convivial !
Parade et sa fourrière : merci du coup de main
Rien ne vaut les marchés pour ressentir un pays… ce qui nous a amenés au quartier de Parade, un quartier très populaire et très animé. Dominique est un psychopathe pour mettre la voiture à l’ombre, il se stationne donc sous un arbre au bord de la grande place de William Grant Park… J’émets des doutes car nous sommes dans un quartier où il est conseillé de se méfier des pickpockets et je suggère que nous mettions la voiture au parking payant, certes en plein soleil mais gardé ! On me laisse entendre que je suis une trouillarde et nous partons explorer le marché... Des étals de fruits, des légumes en veux-tu, en voilà, des marchands ambulants avec des espèces de chariots bricolés en palette, du bric-à-brac, des cuisines mobiles…
Étals de vêtements et de chaussures au marché de Parade à Kingston Commerces et étals de rue dans le quartier de Parade à Kingston Marchande de fruits sur son étal au marché de Parade à Kingston Sachets de légumineuses vendus au marché de Parade à Kingston Chariot de marchand ambulant dans le quartier de Parade à Kingston Allée animée du marché de Parade à Kingston en Jamaïque
Bon désolée, nous n’avons pas beaucoup de photos et je vous déconseille fortement de faire des photos en Jamaïque sans demander l’autorisation préalable : j’ai voulu photographier des ackees, ce fruit emblématique du pays, mais je me suis fait copieusement enguirlander par la vendeuse, qui m’a instamment priée d’en acheter si je voulais les photographier… donc imaginez ce que je me serais pris, si je l’avais photographiée elle !
Après avoir exploré la place et les rues adjacentes, négocié un mélange local d’épices appelé jerk, acheté quelques cadeaux pour nos enfants et petits-enfants, nous retournons à la voiture… mais force est de constater que sous l’arbre, il n’y a plus de voiture ! Je pense direct qu’elle a été volée, "je l’avais bien dit !".

J’avais tort car après enquête auprès des marchands qui étaient à proximité, nous comprenons qu’elle a été enlevée par la police car elle était garée dans une zone interdite au stationnement ! Heureusement, un gars qui traînait par-là, propose d’accompagner Dominique à la fourrière qui, fort heureusement, n’est pas très loin. Avec Violaine, nous restons sur place pour l’attendre, mais comme il n’y a rien pour s’asseoir et que l’on a déjà bien crapahuté, nous nous dirigeons vers des arcades pour essayer de trouver de quoi reposer mes gambettes.
Dès la première boutique, je vois un magnifique fauteuil en plastique qui me tend ses accoudoirs, je demande gentiment à la dame qui tient la boutique si je peux y poser mes fesses ! Pas de problème, nous discutons ensemble, elle confirme que la voiture est bien à la fourrière et que nous pouvons rester ici le temps que nous voulons… J’en ai profité pour lui acheter une magnifique tunique made in Jamaica ! Il a fallu longtemps, pratiquement 2 heures, pour que Dominique récupère la voiture après avoir dû se balader de bureau en bureau et s’être délesté de quelques 75 000 dollars jamaïcains soit environ 400 €…
Au-delà de l’anecdote, je voudrais juste vous dire que si vous suivez les guides, vous n’irez que dans les quartiers fléchés "Touristes bienvenus", vous ne verrez que ce que l’on veut que vous voyiez… Déjà que, finalement, on ne fait qu’entrapercevoir les pays, alors si l’on se cantonne aux lieux touristiques, on ne voit pas la vraie vie mais seulement une carte postale. Oui, certains endroits sont à éviter, que ce soit pour les locaux ou les étrangers, mais tous les quartiers populaires ne sont pas aussi dangereux que ce que l’on dit, on peut souvent y aller en prenant quelques précautions (n’avoir qu’une copie du passeport et pas l’original, du liquide en quantité raisonnable, porter son sac devant le corps et pas dans le dos, éviter les zones désertes, la nuit…) mais surtout en observant et en faisant confiance à notre ressenti. La Jamaïque (et plus particulièrement Kingston) souffre d’une réputation d’insécurité très forte et pourtant, le seul endroit où nous l’avons ressentie, est finalement Trench Town.
Un jardin nourricier où l'on se sent si bien
Ici la nature ressemble à un immense jardin avec des arbres fruitiers croulant sous les fruits (mangues, noix de coco, bananes et tous ceux dont j’ignore le nom), avec une multitude de légumes dont les formes et les couleurs variées donnent un air de fête au moindre marché. La végétation des Blue Mountains est fabuleuse, luxuriante, débordante, des plantes grimpantes, érigées, tapissantes, des verts les plus clairs aux plus foncés, des crèmes, des ivoires et de-ci, de-là, les rouges, les jaunes, les violets des fleurs…

Parfois, la jungle peut sembler étouffante et un peu dangereuse, mais ici, rien de cela, peut-être parce que la végétation y est moins dense et qu’il y fait plus frais du fait de l’altitude… Dès que vous vous posez, le bruit des oiseaux vous accompagne ! Je pense que si le jardin d’Éden existe, il doit ressembler à la Jamaïque !
Café Blue Mountain : les Japonais en raffolent... même un peu trop ?
Mais des loups rôdent encore autour de ce magnifique jardin et ils ont jeté leur dévolu sur le café Blue Mountain, un café d’exception qui pousse sur un minuscule terroir en altitude.
C’est un produit de luxe, rare (dans les 1 000 tonnes par an), réputé comme l’un des plus prisés et des plus chers du monde avec des prix de l’ordre de 150 à 400 € le kilo. En l’occurrence, les loups ce sont les Japonais qui ont acheté des plantations et pris une place prépondérante dans la filière, revendant le café à prix d’or dans l’Île du Soleil Levant…

Ils ont beau arguer que c’est une institution au Japon, qu’ils ont contribué financièrement au développement de la filière et à sa reconstruction après les ouragans et ajouter qu’ils offrent de meilleures conditions de travail, je trouve quand même un peu fort (de café !) que les Jamaïcains ne profitent que très peu de ce nectar puisque la majeure partie de la production (environ 70 % en 2023) est exportée, principalement au Japon !
Cela explique pourquoi, sur place, nous avions beaucoup de difficultés à acheter du café 100% Blue Mountain, mais uniquement des mélanges avec un faible pourcentage de ce café d'exception.
Petits veinards que nous sommes, nous avons eu la chance d’en déguster pendant notre séjour aux Blue Mountains, car Bob, le propriétaire rasta du lieu perdu dans la montagne où nous logions, cultive ce café à flanc de montagne et il nous en a préparé tous les matins pour notre petit déjeuner ! Délicieux et subtil !
Des corps aux formes généreuses et assumées
Vous vous souvenez des crop tops, ces petits hauts qui laissent voir le nombril et qu’on a voulu interdire dans les écoles françaises (et qui le sont de fait dans de nombreux établissements), faisant les choux gras des journaux !
Ici, cela ne risque pas d’arriver car le rapport au corps est très différent de celui plutôt coincé qui sévit en Europe et qui complexe tant de personnes ! Ici, les corps se montrent et se meuvent en se foutant totalement de leur corpulence. La population est assez souvent en surpoids et peu importe si les bourrelets ou la cellulite sont visibles, même les femmes rondes portent des mini-jupes, des shorts et des leggings et les ventres de ces messieurs sont bien mis en évidence par des tee-shirts près du corps ! D’ailleurs ici, pas de mannequins filiformes pour présenter les vêtements à la vente mais des cintres fabrication maison bien plus conformes aux silhouettes locales ! Même les statues d'Emancipation Park (dont la nudité a par ailleurs fait polémique) et les panneaux "Attention enfants" sont bien en chair !
Mannequins en fil de fer aux formes généreuses présentant des vêtements en Jamaïque Jamaïcaines aux formes généreuses portant des vêtements moulants Statues nues de Redemption Song à Emancipation Park, Kingston Panneau "Attention enfants" représentant des silhouettes bien en chair en Jamaïque



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